
La cinétique chimique a pour objet
d’étudier la vitesse de formation, de proposer des mécanismes, donc de définir
des chemins réactionnels. La cinétique commence par la cinétique empirique,
c’est à dire la détermination des relations algébriques entre la concentration
et le temps.
Pour établir les
règles de cinétique empirique, il faut des méthodes de détermination de la
concentration en fonction du temps, soit par spectroscopie (permet de mesurer
la concentration de la solution avec UV, IR, Raman, g, b…) soit par polarimétrie
(une des plus anciennes. Principe : toute molécule a un pouvoir rotatoire,
perceptible ou non. On mesure la rotation du plan de polarisation en fonction
du temps pour déterminer la variation de la concentration), par électrochimie
(la f.e.m. du couple est proportionnelle à la concentration des espèces), par
méthodes couplées (chromatographie-spectro de masse. La chromatographie analyse
la solution et sépare les constituants, les masses permettent d’identifier les
masses des espèces. On classe les méthodes en deux catégories : in situ et différés.
Dans tous les cas, il est indispensable que la méthode de mesure ne perturbe pas le processus identifié. Si la méthode est in situ, la méthode ne doit ni accélérer, ni freiner la cinétique (spectroscopie peut accélérer ou donner un précurseur).
Si la méthode
est différée, il faut s’assurer qu’il y a bien neutralisation de la cinétique
pendant que la mesure est faite.
Une méthode a été
développée : la méthode à écoulement.
A
B
![]()
![]()
![]()
![]()
![]()
![]()
t=d/v v : vitesse d’écoulement
![]()
d…..di
Cette
méthode est dépensière en produits A et B. On contourne alors le problème en
créant un écoulement discontinu.
![]()
C A+B C
A+B C : inactif pour la cinétique
![]()
Poussé à l’extrême, pour des quantités
très faibles de produits A et B, on n’a qu’un paquet A+B qui sera étudié à
plusieurs points. A ce moment-là, c’est la direction qui est déplacée. Les
méthodes différées ont mis en évidence très rapidement que la température était
un facteur extrêmement influent sur la cinétique. Aux environs de la
température ambiante, la cinétique double tous les dix degrés. Il faudra donc
prendre soin de réguler la température.
Elle se définit
par rapport à un des éléments de la réaction. Si c’est par rapport à un
réactif, on l’appelle vitesse de disparition (vitesse négative) ; si c’est
par rapport à un produit, c’est une vitesse d’apparition (positive).
A + B ® P
![]()
Remarque :Il a fallu
faire disparaître deux molécules pour en faire apparaître une
Si on écrit : uA A + uB B ® uC C
![]()
Remarque : il a fallu
que nA molécules de A réagissent
avec nB molécules de B pour former nC molécules de C.
La vitesse globale de réaction est le plus
grand commun diviseur de chacune des vitesses élémentaires des constituants de
la réaction.
Il existe un x que l’on appellera degré d’avancement de
la réaction. Pour chaque constituant de l’équation, à chaque instant dt est
associé un dx tel que :
nA dx=dnA
nB dx=dnB
…………..
ni dx=dni
On pose que la
vitesse globale de la réaction est proportionnelle à une certaine puissance de
la concentration des réactifs , autrement dit :
![]()
a, b, g sont appelés ordres partiels de la réaction.
a est l’ordre partiel du constituant A.
a+b+g est l’ordre total de la réaction,
k est appelée
constante de vitesse.
La constante de vitesse est indépendante
des concentrations, et dépend de la température. L’ordre n'est pas forcément un
entier. Il peut être fractionnaire. Ce n’est pas non plus le coefficient
stœchiométrique du réactif considéré dans l’écriture de la réaction chimique (nA n’est pas forcément égal à a).
Le but de la
cinétique étant de prévoir la formation des produits :
-
il
faut établir la loi de vitesse
-
la
constante
-
élaborer
un mécanisme tenant compte de la loi
On va procéder
par identification. Après avoir au préalable écrit les équations cinétiques de
référence, on va identifier la cinétique étudiée à un modèle préalablement
établi.
nAA + nBB ® nCC
=![]()
Premier cas : a=b
![]()
une mole de A réagit avec
une mole de B
[A]0 - x = [A] et [B]0 - x = [B]
où x est la quantité de réactif ayant disparue
et donc ![]()
![]()
![]()
A partir des hypothèses (a=b), on peut donc en déduire
que nA = nB.
En effet, on a :
![]()
On
prendra alors nA = nB = 1.
Deuxième cas : [A]0=[B]0
Passons à la limite lorsque [A]0 ® [B]0
![]()
Troisième cas : A est
identique à B
A +A ® C
Alors ![]()
Quatrième cas : a=1 b=0
![]()
Remarque : Une cinétique du premier ordre est
caractéristique de toutes les cinétiques correspondant à une décomposition du
noyau ou du squelette.
Point caractéristique :
le temps de demi-réaction (C’est le temps au bout duquel la concentration a
diminué de moitié).
![]()
Alors ![]()
![]()
Cela permet de définir la
pseudo-période : période de décomposition radioactive.
Dans le troisième cas :
d’où ![]()
t1/2 dépend de
[A]0, ce qui est caractéristique des cinétiques du deuxième ordre.
Le temps au bout
duquel la concentration a été divisée par deux dépend de la concentration
initiale. Ceci nous donne une méthode pour déterminer une loi cinétique.
1)
On
bloque la concentration en mettant en excès une concentration (séparation des
phases) Þloi de vitesse d’ordre
inférieur.
![]()
![]()
Pour la
cinétique étudiée en milieu liquide, le solvant (par définition est en excès)
peut avoir un rôle extrêmement important sur la cinétique, mais n’est pas pris
en compte dans l’expression de la loi de vitesse empirique.
2)
Temps
de demi-réaction.
Si le temps de
demi réaction est constant, la cinétique est du premier ordre. S’il dépend de
la concentration, l’ordre est supérieur.
La loi cinétique
est empirique. Elle considère l’état initial et l’état final. On a pu mettre en
évidence qu’une cinétique est une suite d’étapes simples appelées réactions
élémentaires.
Une réaction
élémentaire unimoléculaire correspond à une molécule qui se brise ou qui change
de configuration. Elle correspond à tout ce qui est réaction nucléaire (au sens
large). C’est l’objet d’étude, lui-même, qui est instable.
Une réaction
bimoléculaire correspond à une collision entre deux molécules.
Ce qui nous
amène à la définition suivante : on appelle molécularité d’une réaction
élémentaire le nombre de molécule qui interviennent au cours de la réaction
élémentaire.
Ordre et molécularité sont
donc distincts. L’ordre est empirique, la molécularité correspond au mécanisme
réactionnel.
Les collisions
entre trois corps sont peu probables. On aura deux réactions
élémentaires : unimoléculaires et bimoléculaires.
Expérimentalement,
il est montré que la température a une influence sur la vitesse de réaction.
Celle-ci double pour une variation de 10 K.

EA : énergie
d’activation
doit être une droite
de coefficient angulaire
et d’ordonnée à
l’origine
.
Remarque : Il y a un
problème de précision des mesures ce qui implique une grosse incertitude sur Ln
A.
Le modèle est
développé en cinétique gazeuse. On suppose la réaction bimoléculaire. Pour que
la réaction ait lieu, il faut une collision. Soit Z la fréquence de ces
collisions.
La théorie
cinétique des gaz permet de calculer que la fréquence des collisions à P=1 bar
et T=300 K a pour valeur 10-28 s-1cm-3. Si
chaque collision est active, la
réaction est terminée en 10-9s.
D’autre part,
lorsque l’on étudie Z en fonction de T, on trouve que Z varie comme
.
D’où l’idée que
toutes les collisions ne sont pas actives et que pour toutes ces collisions
soient actives, il faut qu’elles aient une certaine énergie.
On dit que l’énergie des
collisions est distribuée
EC=1/2mv²
En terme de force : ![]()
Or la vitesse est distribuée
selon la loi de Boltzmann, ie cette énergie est proportionnelle à exp(
).
.
Avec : N : nombre de collisions
Z : fréquence de collisions
N=V, V étant la vitesse
globale de réaction.
On a un modèle
qui dit que la vitesse dépend d’une certaine énergie nécessaire pour que la
réaction ait lieu. En dessous, la collision ne produit rien, la collision est
élastique, au-dessus l’énergie est suffisante pour produire un nouveau système,
i.e. créer de nouvelles molécules.
EA
est comprise entre 50 et 100 kJ.mol-1.
L’application
numérique montre que pour un DT de 10 K, la vitesse
double. Le modèle proposé est en accord avec les observations expérimentales.
Ce qui nous permet de donner une signification physique au coefficient de la
loi d’Arrhenius. Le facteur préexponentiel correspond à la fréquence de
collision. L’énergie d’activation correspond à l’énergie minimum nécessaire
pour que la transition ait lieu.

Energie nécessaire pour faire passer l’entité AB formée par la collision dans l’espace de coordonnées C+D, domaine d’existence du produit. Cette énergie d’activation n’est pas mesurable au calorimètre, ce qui signifie qu’au cours de la désactivation elle est restituée au milieu.
Cette
description présente l’avantage de montrer qu’à partir de C+D, on peut faire
A+B. L’énergie d’activation sera alors plus importante. L’événement sera moins
probable. La vitesse sera moins importante. A la fin, il n’y aura plus que C+D,
mais il y a compétition entre les deux mécanismes.
1) Réaction donnant
un équilibre

![]()
A t=0, on a [A]=[A]0 et [B] =0
A t donné, on a [A] + [B] =
[A]0
![]()
![]()
A t infini, on a :
et ![]()
A l’équilibre, on obtient alors ![]()
Ceci n’est vrai que si et
seulement si nous sommes en présence de réactions élémentaires, i.e. k1
et k-1 sont des constantes de réactions unimoléculaires.
On peut l’étendre à l’ordre
2 (si les réactions sont bimoléculaires comme l’estérification):
![]()
Généralisation : ![]()
Cette généralisation n’est
possible que si et seulement si kn et k-n sont des
constantes de réactions élémentaires pour passer du réactif au produit.
Cela ne peut être appliqué à la cinétique empirique.
2) Réactions
consécutives. Etat stationnaire
![]()
![]()
Conditions initiales:
[A]=[A]0, [B]=0
et [C]=0
[A] + [B] + [C]=[A]0
![]()
![]()
![]()
Suivant
les valeurs relatives de k1 et k1’, l’expression de [C]
dépendra de l’une ou de l’autre des constantes : il existe donc une étape
prépondérante sur la cinétique.
Premier cas : k1 < k1’
La réaction la plus lente régule la formation du
produit C.
On a : exp(-k1t)<exp(-k1’t) et donc
![]()

Deuxième cas : k1’ < k1
On a : exp(-k1’t)<exp(-k1t) et donc
![]()

[A] diminue avec le temps.
Si k1’= 10k1, le réactif B
apparaît sous forte concentration.
Si k1= 10k1’, le réactif B
n’apparaît que sous forme de traces dans le réacteur car dès qu’il apparaît, il
est transformé en C.
Calculs :
![]()
![]()
donc ![]()
Intégration sans second membre :
![]()
Identification :
![]()
![]()
![]()
après intégration : ![]()
![]()
On détermine la constante avec les conditions
initiales.
A t=0, il n’y a pas de B et donc ![]()
![]()
![]()
Etude du cas de l’AEQS
Dans les relations établies précédemment, on
a :
![]()
En appliquant le principe de l’AEQS, on obtient
:
et donc
et![]()
C apparaît alors comme étant du premier ordre en A.
3) Le prééquilibre

![]()
On a négligé la
formation de C à partir de AB. On dit que cette vitesse est faible et que
[(AB)] ne varie pas.
(AEQS)
donc![]()
On obtient
alors :
![]()
Exemple de
réaction typique :
![]()
Réaction empirique d’ordre trois. Ca ne peut donc pas être une réaction en une seule étape (pas de ménage à trois).
On remarque expérimentalement que quand la température diminue, la vitesse augmente.

Etat de prééquilibre :
![]()
![]()
Kéq diminue lorsque la température
augmente, la dimérisation est exothermique.
Ceci règle l’observation expérimentale.
Remarque : Une opération à trois corps ne
fonctionne pas : il faut un intermédiaire, deux étapes (ce qui permet de
mettre en évidence la dimérisation).
Il
s’agit d’un contre-exemple de la loi d’Arrhénius.
4) Réaction
enzymatique (1913)

![]()
![]()
La variation de [(ES)] en
régime permanent est quasiment nulle.
![]()
![]()
Conditions
initiales :
à t=0
à tout instant
car
est petit
![]()
![]()
![]()
avec
constante de
Michaelis
5) Mécanisme de
Lindemann
Ce type de
réaction est en phase gazeuse, du premier ordre alors que le mécanisme est dû à
une collision bimoléculaire. Ce sont des réactions dont l’étude empirique
montre que les conditions expérimentales modifient des étapes intermédiaires
![]()
A + A A* +
A
![]()
A* +
A A + A
![]()
A* P
![]()
Il existe un état stationnaire en faisant
l’hypothèse que la formation de [A]* est grande devant la vitesse
d’apparition de P.
![]()
![]()
® la cinétique n’est pas du premier ordre mais
si
est grand devant
alors
ce qui entraîne que
![]()
Cette relation
correspond à une cinétique du premier ordre. Pour vérifier ce mécanisme,
choisissons une pression de [a], donc une concentration suffisamment basse.
Dans ces conditions
est remplacé par ![]()
Alors
k
L’étape
déterminant la vitesse est la formation par collision des molécules excitées.
avec ![]()
On trace alors :![]()
Cette étude
expérimentale permet de déterminer le domaine de pression où la réaction se
comporte et apparaît comme étant du second ordre, ainsi que le domaine de
pression où elle apparaît comme étant du premier ordre.
Intérêt de cette conception
de mécanisme :
![]()
A* A# P
Le processus d’activation
bimoléculaire qui conduit à un état excité A* doit conduire à un
autre état dit état activé A# issu de l’état excité qui donnera la
molécule P.